Quels facteurs augmentent le risque de syndrome de l’intestin irritable (SII) ?
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Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est un trouble fonctionnel digestif fréquent, caractérisé par des douleurs abdominales, des ballonnements et des troubles du transit.
Mais pourquoi certaines personnes le développent-elles et d’autres non ?
Une revue « umbrella » publiée en 2025 apporte une vue d’ensemble des facteurs de risque les plus étudiés.
Résumé rapide
Cette revue de 69 revues systématiques identifie comme facteurs les plus fréquemment associés à une augmentation du risque de SII :
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la gastro-entérite
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la dépression
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les troubles anxieux
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le sexe féminin
La qualité des preuves varie fortement selon le facteur étudié.
Qu’a analysé cette étude ?
Publiée dans BMC Medicine, cette revue « umbrella » a compilé 69 revues systématiques portant sur les facteurs de risque du SII.
Les études incluses étaient majoritairement observationnelles et concernaient des participants déjà diagnostiqués avec un SII.
Huit grandes catégories de facteurs de risque ont été identifiées :
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facteurs alimentaires
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facteurs environnementaux
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facteurs génétiques
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facteurs psychologiques
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infections
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facteurs liés au mode de vie
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facteurs biologiques
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autres facteurs contextuels
Les facteurs les plus solides
🦠 1. Gastro-entérite
La gastro-entérite est l’un des facteurs les mieux documentés.
Le phénomène de SII post-infectieux est bien reconnu : après une infection digestive aiguë, certaines personnes développent des symptômes persistants compatibles avec un SII.
Qualité des preuves : modérée.
🧠 2. Dépression
La dépression est associée à un risque accru de développer un SII.
Qualité des preuves : modérée.
Ce lien s’inscrit dans le cadre de l’axe intestin-cerveau, où inflammation, microbiote et régulation neuroendocrinienne interagissent.
😰 3. Troubles anxieux
Les troubles anxieux sont également associés au SII.
Qualité des preuves : faible.
Le lien est cohérent biologiquement, mais les données restent méthodologiquement fragiles.
👩 4. Sexe féminin
Le SII est plus fréquent chez les femmes.
Qualité des preuves : faible.
Des hypothèses incluent :
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différences hormonales
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sensibilité viscérale accrue
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facteurs psychosociaux
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différences de recours aux soins
Qualité globale des preuves
C’est ici que la prudence s’impose.
Parmi les 69 revues systématiques :
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53 ont été classées « qualité très faible »
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15 « faible »
-
1 seule « modérée »
Cela signifie que, même si des associations sont observées, le niveau de certitude reste limité.
Association ne signifie pas causalité.
Ce que cela confirme
Malgré les limites méthodologiques, cette analyse renforce une tendance claire dans la littérature :
Le SII est étroitement lié aux dimensions psychologiques, notamment dépression et anxiété.
L’axe intestin-cerveau n’est pas une mode marketing.
C’est un champ de recherche solide, mais encore complexe.
À retenir
Les facteurs les plus associés au risque de SII sont :
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une gastro-entérite antérieure
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la dépression
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les troubles anxieux
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le sexe féminin
Cependant, la qualité des preuves varie fortement et reste souvent faible.
Le SII apparaît comme un trouble multifactoriel où interagissent :
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microbiote
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immunité
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système nerveux
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facteurs psychologiques
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environnement
Réduire le risque ne passe probablement pas par une seule intervention, mais par une approche globale.
Références scientifiques
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Sulaimi F, Ong TSK, Tang ASP, Quek J, Pillay RM, Low DT, Lee CKL, Siah KTH, Ng QX. Risk factors for developing irritable bowel syndrome: systematic umbrella review of reviews. BMC Medicine. 21 février 2025.
Références complémentaires citées dans la revue :
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Zamani M et al. Prevalence of anxiety and depression in patients with irritable bowel syndrome. Aliment Pharmacol Ther. 2019.
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Hu Z et al. Depression and anxiety among patients with different subtypes of IBS: a network meta-analysis. BMC Gastroenterol. 2021.
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Wang Z et al. Acupuncture for diarrhea-predominant IBS with comorbid anxiety and depression: meta-analysis. Medicine (Baltimore). 2024.
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Geng Q et al. Comparison of comorbid depression between IBS and inflammatory bowel disease. J Affect Disord. 2018.